Par le trou de la serrure

Réflexions inspirées du roman Infrarouge, de Nancy Huston.
“Mon credo: ne photographier que ce je me sens capable d'aimer. Que mon regard soit cet amour, toujours. Rien d'autre. De tous mes projets, celui dont je suis le plus fière est peut-être N(o)us: des gens nus endormis, corps de tous âges, couleurs et sexes, obèses ou faméliques, lisses ou ravages, glanés ou hirsutes, marques de tatouages, de tâches de naissance ou de cicatrices, rêvant  et respirant, lovés sur eux-mêmes dans le bel abandon du sommeil, sans défense, si vulnérables et si mortels… Tous, tous sont beaux.’”
Et plus tard, elle dira: “je veux rester l'oeil collé contre le trou de la serrure”
Voilà la première étape de la démarche artistique du photographe. Une vision partielle, étroite, limitative, certes, mais un effort pour regarder, pour voir, et pour comprendre. En autant que l'on a la chance de regarder par la bonne serrure.
Le deuxième niveau consiste à interagir avec le sujet, à attirer son attention, l'interpeller, le changer face à la caméra. Le sujet doit maintenant performer, il ne pourra plus être naturel et spontané. Autant cette étape est essentielle pour la prise de l'image, autant elle est insidieuse car elle transforme la nature même du sujet qui doit répondre aux attentes et aux stimuli du photographe. Le photographe pense donc capter la vraie nature du sujet en facilitant l'expression spontané du sujet. On dit alors que la chimie est bonne entre le photographe et le sujet, et que les conditions propices à la création sont en place. Le voilà donc le spectre complet de la création visuelle: du metteur en scène qui dirige le comédien au photographe qui capte son sujet en toute innocence.

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